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La scolarisation facteur de mal-être

Un mémoire de Catherine Tanquerey ENSP

L’objectif d’amener 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat est inscrit dans la ‘‘loi

d’orientation sur l’enseignement’’ de 1989. L’objectif louable de favoriser l’accès au secondaire pour une grande majorité d’élèves a provoqué une modification de la population lycéenne.

«Depuis une dizaine d’années (depuis 1989), apparaît une nouvelle population lycéenne.

De la même manière que les collèges ont accueilli une ‘‘vague’’ d’élèves nouveaux au milieu

des années 70, les lycées voient arriver des adolescents qui ne correspondent plus au profil traditionnel d’un élève préalablement et sévèrement sélectionné.»

François Dubet met en lumière le revers de la médaille : «Dans un système désormais ouvert à tous, mais dont les principes de sélection sont devenus moins évidents, ce qui était vécu comme un destin social est maintenant intériorisé comme un échec personnel»

Le mal-être des adolescents au lycée a été peu étudié en tant que tel. Par contre de nombreux

écrits sont publiés sur le problème de la violence en milieu scolaire. Les études sur ce sujet peuvent donner un éclairage intéressant sur le mal-être des adolescents : le suicide n’est-il pas la forme ultime de l’auto-agressivité?

La violence subie par les élèves se conjugue sous différentes formes :

- La violence institutionnelle avec un cadre de vie qui peut être triste et délabré, de grands établissements parfois surpeuplés.

- Le système d’orientation qui n’est pas toujours adapté, avec une sélection rapide, des filières défavorisées imposées non à partir des potentiels mais des échecs. Le système est construit de telle façon, que l’on pointe toujours l’échec et les insuffisances de l’élève, et non ses potentiels.

- Le règlement interne peut-être vécu comme incohérent et non respecté par les adultes avec un fort sentiment d’injustice (retard, tabac, violence...).

- L’élève est-il toujours au centre des préoccupations? : emploi du temps adapté aux rythmes de vie des élèves ou à ceux des professeurs? La finalité des programmes et de la pédagogie, sont-ils bien expliqués aux jeunes?

Au sein même de l’enseignement, les punitions injustes, les appréciations blessantes et dévalorisantes atteignant la personne et pas seulement le travail (“vous êtes nuls”), sont des formes de violence.

La violence de l’institution scolaire s’exprime dan

19 - François DUBET Les lycéens , p. 113.

20 Marlaine CACAULT & Françoise OEUVRARD Sociologie de l’éducation, p. 14

21 J. GANTY “Violence scolaire : délinquance en milieu scolaire et/ou sociopathie institutionnelle”, in L’observatoire - violence scolaire , 1993, N°6, p. 27

22 Selon la théorie d’Henri LABORIT

23 dans une structure psychosociale hostile, la réponse est : se soumettre, fuir ou

lutter. Jacques PAIN conclut : «Fuir peut-être : se taire, rêver, arrêter sa pensée ou pire, instrumentaliser la fuite par une ‘‘drogue’’. Lutter c’est pouvoir s’opposer, contester ou se battre, plus ou moins civilement. [...] La ‘‘bonne’’ institution est celle qui permet le jeu et en installe les bornes, contrôlant au mieux l‘expression agressive. [...] ‘‘L’agir’’ vient d’une parole globalement empêchée.»

24 L’adolescence est le moment où le jeune doit confronter, ses aspirations à celles que lui propose la société. Le système scolaire peut parfois contribuer à accentuer son malaise en lui donnant une image de lui-même basée sur ses échecs et non sur ses potentiels. L’échec scolaire peut être vécu comme celui d’une personne et non plus comme une fatalité sociale.

22 P. FERREIRA-MARUM “L’école mère nourricière ou machine à gaver”, in L’observatoire - violence scolaire, 1993, N°6, P. 34-35

23 Cité par J. PAIN “Les violences en milieu scolaire, du concept à la prévention”, les cahiers de la sécurité intérieure, 1994, N°15.

24 id., page 39.

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